Le général Mathieu De La Houlière, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales en garnison à la forteresse de Salses passe en revue les 6 000 fantassins et 200 cavaliers dans les fortifications et les 1 800 miquelets avec les 60 mulets qui surveillent la frontière à Prats de Mollo, Fort les Bains, Mont-Louis, Villefrance du Conflent, Banyuls et Bellegarde.
Sa stratégie est la défense par ses imposants forts qui barrent l'entrée des cols.
L'état des routes empêchent de concevoir une base espagnole dangereuse.
Aucun de ses préparatifs n'est tourné vers l'attaque ou l'’offensive.
En Espagne, Antonio Ricardos Carrillo De Albornos est promu en janvier 1793, commandant en chef de l'Armée de la Catalogne à la place du Comte De Lazy qui vient de mourir.
En disgrâce à Guipuzcoa comme la majeure partie des officiers de l'expédition désastreuse à Alger organiser par l'irlandais O'Reilly, il est remplacé dans la région par le lieutenant-général Ventura Caro, son ami. Cette nomination le consacre meilleur tacticien du 18ème siècle. Antonio Ricardos se pose la question : Où doit se produire l'attaque ?
Faut-il faire un débarquement par mer sur la côte à Leucate ? Les émigrés lui conseillent.
Les étangs le long des massifs des Corbières laissent une bande trop étroite pour établir un axe de communication de guerre, c'est surtout le manque d'accord à la participation des navires espagnols et anglais qui fait que cet appui va être définitivement écarté.
Antonio Ricardos est l'un des experts qui a jalonné la frontière avec l'’équipe française lors de l'’annexion du Roussillon.
Il maîtrise parfaitement la topographie des montagnes catalanes.
Son QG de début de guerre est fixé au village de Figueres ou sont installés 4 000 grenadiers et 15 000 fantassins en garnison dans la forteresse Sant Ferrán et des 35 000 hommes en réserve dans la citadelle de Roses.
Sa solution est de trouver un col non gardé, non protégé situé dans l'axe de la ville de Figueres pour faire passer ses hommes et son armement sans se couper de la logistique de la Catalogne.
C'est le bourg de Maçanet de Cabrenys qui est désigné comme point de convergence des troupes comme pour l'invasion espagnole de 1674.
Antonio Ricardos se souvient qu'en 1674, le comte de Saint-Germain a pénétré par le col de Portell à 692 m d'altitude dans la plaine du Roussillon afin de contourner la forteresse de Bellegarde. Va-t-il l'imiter ?
Les deux versants français et espagnols sont de topographies identiques.
Les vallées françaises sont orientées Nord-Est ou Sud Est par les rivières Tech, Têt et Agly qui se déversent dans la Méditerranée.
Les vallées espagnoles par les rivières, La Muga, le Ter et la Fluvia qui se déversent aussi dans la Méditerranée. Deux villages, Céret et Le Boulou sont propices aux terrains de bataille avec leur grand plateau.
Ces deux villages sont traversées par des ponts qui permettent de relier les Albères, frontière naturelle à l'Espagne.
La plaine peu profonde et parallèle à la rivière Tech est un endroit tactique en raison de ses ponts et de ses passages à guet peu profonds l'été.
Ces lieux bien boisés sont stratégiques pour les camouflages, les encerclements et les replis des troupes.
Coté Nord : La forteresse de Salses sert de réserve à l'armée et au soutien logistique pour les ravitaillements avec l'Aude.
Ces marécages autour sont des nids de maladie et de fièvre ou il est impossible de débarquer des troupes.
Le centre : La plaine et la ville de Perpignan avec sa citadelle imprenable et ses six énormes portes gardées par deux bataillons en garnison.
Autour de Perpignan se dressent plusieurs collines qui sont des lieux de cantonnements pour les bataillons en présence.
Les crêtes et les monts dominants de cette plaine sont des balcons très prisés pour installer les canons de l'artillerie.
Coté Ouest : Une muraille faite par de hautes montagnes.
Le Haut Vallespir et la Cerdagne avec 2 villes fortifiées Mont-Libre et Villefranche. La Cerdagne avec ses multiples cols, est le territoire des contrebandiers et des passeurs catalans. Ces cols sont sans surveillance.
Le Haut Vallespir ou se trouve le fort Lagarde et avec ses forets très denses.
Coté Est : La mer avec ses deux forts.
Le Saint Elme sur la colline domine la citadelle de Collioure, contrôle le port et les ravitaillements des armées par la mer.
Le fort de Banyuls domine la cote et assure la forteresse de Port-Vendres où le débarquement par la mer des troupes est un centre d'évacuation en cas de repli des soldats.
Coté Sud : 3 forteresses vont être l'enjeu des combats et détermineront les camps des vainqueurs par leur occupation.
Le fort de Bellegarde ouvre sa voie vers 3 cols et la frontière espagnole.
Sa possession est l'une des clés de cette guerre.