Quels événements conduisent à la bataille de Céret du 20 avril 1793 ?
Depuis le 17 avril 1793, l'Armée de Catalogne avance facilement dans le département puisque la population des Pyrénées-Orientales, catalan de sang, s'est rendue dans la ville espagnole de Figuères pour organiser l'invasion avec le commandant en chef Antonio Ricardos.
A Figuères, les délégués catalans passent un accord secret avec le Quartel Général pour éviter la tuerie des catalans de Perpignan qui ont subi fin octobre 1792 une violente épidémie.
Les délégués catalans obtiennent l'engagement qu'aucun siège n'aura lieu contre la citadelle et la promesse que les habitants pourront se ravitailler.
Cette interprétation éclaire sur la retraite bâclée et élucide le renoncement hâtif des troupes espagnoles pendant la bataille de Perpignan.
Durant la prise par les Espagnols de la forteresse de Bellegarde et la période de fédéralisme, les administrateurs de Perpignan reçoivent l'appui des officiers du Quartel Général avec l'objectif de mettre sur le trône Louis XVII, le fils du roi, rétablir la religion catholique avec la réintégration des prêtes émigrés et la promesse de l'annexion du Roussillon au sein de la Catalogne comme avant 1659.
Cette convention explique la lenteur de leur progression dans le département et les critiques écrites sur l'immobilisme des troupes espagnoles durant l'occupation par les experts.
Pendant la terrible tempête et le cataclysme (540 mm de pluie en 24 h) qui frappent la Catalogne du 21 octobre au 16 novembre 1793 causant des dégâts colossaux et la destruction des campements par l'inondation de la vallée du Tech, Antonio Ricardos rappelle par écrit à Amédée Doppet, nouveau commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales l'accord secret passé par le Quartel et il révèle sa réelle existence au niveau des membres du Comité de Salut Public.

En possession des villages de Saint Laurent de Cerdans et d'Arles sur Tech, les Espagnols continuent leur progression par la route étroite des gorges du Montdony.
Cette corniche serpente autour d'un piton rocheux haut de 340 m où coule dans le ravin, le torrent fou aux eaux sulfurées qui alimente les thermes.
L'Etat-Major de l'Armée des Pyrénées-Orientales décide l'embargo sur les bateaux de commerce espagnols, le retrait des bestiaux sur les versants communs du Vallespir et la Cerdagne. Pour bloquer leur avancée et les altercations, l'Armée des Pyrénées-Orientales décide la 1ère bataille provoquée entre les 2 pays qui doit se dérouler dans la ville de Céret.
Céret, la citée privilégiée de la famille Rocabertí, les seigneurs d'Ampurdan distante de 190 km de Barcelone octroie sous l'Ancien régime la gestion de sa région à la vicomté de Castelnou.
La ville aux rues étroites se situe au creux de la vallée n'est pas défendable aux tirs d'artillerie.
  • Au pied du pic du Fontfrède.
  • Au Sud par les versants du Frausa (1 450 m).
  • Par le pic de Saline (1 333m)
  • .
    La ville fascinante s'étire sur la rive droite de la rivière Tech à 10 km du village du Boulou, elle est protégée par un profond fossé qu'encercle une muraille fortifiée ouverte par un pont levis flanquée de tours construites au XIIIème.
    La porte d'entrée France ainsi que les arcades d'Espagne ont été détruites par les ingénieurs français lors du rattachement de la ville au royaume de France.
    Les ruines ont comblé le fossé du rempart pour agrandir la ville autour de son église Sant-Père et son couvent des Grands Carmes.
    Le couvent de la communauté des Capucins à l'entrée du hameau San Roque accueille le 16 mars 1660, les commissaires chargés de délimiter la frontière suivant l'article 42 du traité des Pyrénées, bien d'église acheté le 14 mai 1791 par Jean Delcros.
    Son pont de pierre datant de 1340 est le passage unique pour se rendre en Espagne.
    Au Nord-Est de la citée, un sentier escarpé monte à travers une forêt vers le col Llauro jusqu'à l'ermitage Saint Ferréol, patron de la ville, une ancienne confrérie de Capucins.
    Ces habitants consacrent leur vie à la culture de la vigne, d'arbres fruitiers mais aussi à l'élevage grâce aux larges prairies sur les flancs des montagnes.
    La population divorcée de l'Espagne ne cesse de changer de nationalité en fonction des conquêtes aussi chaque maison dans la ville sert de refuge aux habitants menacés du territoire.
    Durant la bataille de Céret, les chefs d'Etat-Major qui s'affrontent se connaissent bien, ils ont fréquenté les mêmes écoles militaires et se sont distingués dans les régiments royalistes avec qui ils ont fait alliance lors des guerres contre les anglais.
  • Coté français entre 1780 et 1783 avec les régiments de la marine et des colonies au siège de Yorktown durant d'indépendance des Etats-Unis et au déparquement dans le Rhode-Island quand l'Angleterre cède ces 13 colonies.

  • Coté espagnol en 1782, durant le siège de Gibraltar à Saint Roch contre les anglais sous les ordres des régiments D'Agave De Blaton et de Poison De Gatines.


  • Le commandant en chef de la 10ème division Mathieu-Henri Marchant De La Houlière lieutenant du roi dans la citadelle de Salses, officier d'expérience sait que ses forces reposent sur une Armée des Pyrénées-Orientales fictive, limitée à l'armement obsolète de ses forts comprenant 6 000 hommes et sur l'effectif de 4 bataillons de volontaires soit 1 000 hommes et des 3 régiments en garnison à Perpignan de 1 800 fantassins, 200 cavaliers et 50 artilleurs du :
  • Le 70ème du Médoc dans la caserne Saint Martin acquit à la révolution.
  • Le 12ème d'infanterie en garnison dans la citadelle, royaliste sous le nom d'Auxerrois est contre-révolutionnaire.
  • Le 20ème régiment de Cambrésis en garnison dans le quartier Saint-Jacques, royaliste.

  • Les 2 régiments royalistes font que l'insubordination des soldats sert aux revendications des sous officiers aristocrates à l'égard des officiers de la noblesse.
    Mathieu- Henri Marchant De La Houlière se trouve confronté aux jalousies de ses officiers bornés qui considèrent par cette guerre accroîtrent leur pouvoir sur l'armée pour imposer une politique favorable à l'aristocratie.
    Le 19 avril 1793, le chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales Mathieu-Henri Marchant De La Houlière désigne pour diriger l'avant-garde le général de brigade royaliste Amédée Willot De Gramprez.
    Les 2 hommes ont combattu dans les compagnies du comte d'Artois, frère du roi pendant le siège de Gènes.
    Ces officiers appliquent la stratégie offensive et les tactiques empruntées aux guerres en mouvement étudiés dans les écoles de l'Ancien régime où les brigades se dissimulent pour surprendre par leur mobilité l'adversaire.
    Son collègue, le colonel Théodore De Magdaillan, commandant l’artillerie de Perpignan et les 3 officiers du génie de la citadelle ordonne au capitaine artilleur Charles-Pierre Lubin Griois du 4ème régiment d'artillerie de quitter Perpignan avec les fantassins du 7ème régiment de Champagne sous les ordres Pierre-François Sauret pour renforcer les détachements à Céret avec 8 canons de 4.
    Après une longue marche de 30 km durant la journée, les soldats arrivent la veille des combats fatigués pour prendre leur position soutenue par les 4 compagnies des braconniers montagnards aux ordres du capitaine Louis Méjan déjà sur place.

    Le 19 avril 1793, dans son Q.G. établit au village de Montalba dels Banys, le commandant en chef Antonio Ricardos offre les honneurs au major-général Lluis Firmin De Carvajal de diriger avec une division de 2 800 hommes, la 1ère bataille pour la possession de Céret.
    Les somatents éclaireurs mettent au courant l'Etat-Major espagnol sur l'état de fatigue endurée par les renforts français, l'avant-garde espagnole profite de la nuit pour détruire la redoute formée de 2 canons de 4 bloquant la passerelle de planches de Reynes et pour tuer les guetteurs sur les collines entourant la ville.
    Le 20 avril 1793 à 6 heures du matin, Lluis Firmin De Carvajal et ses troupes en formation de 3 détachements prennent le sentier del roc Blanc et celui del Sant Fariol.
  • Le comte De La Union se présente à la tête de la cavalerie des gardes Wallonnes à gauche du pont de pierre. Il a revêtu la tenue vestimentaire de l'ordre des Hospitaliers avec son manteau blanc symbole de ses vœux de pureté et de célibat sur lequel figure la croix rouge pattée, insigne militaire des chevaliers de Sant Jaume, la fierté militaire de son père Firmin Carvajal-Vargas.
    La charge de cavalerie bouscule les artilleurs français devant le pont de pierre.


    La descente concentrée des cavaliers provenant des hauteurs dominantes est impressionnante.
    Les charretiers catalans, des somatents réquisitionnés par l'Etat-Major Français acquis à la cause espagnole profitent de la confusion du repli des fantassins pour détacher les chevaux tractant les canons et pour s'enfuir sur leurs bêtes en renversant un canon pour obstruer le pont, puis en retournant un deuxième contre le parapet où est située la redoute des 2 canons de 4 flanquant la 4ème compagnie d’artilleurs qui résistent à la charge des cavaliers espagnols sortis des berges du Tech.
  • L'aile du centre, les artilleurs de Grenade et les fantassins du régiment de Burgos aux ordres de José Palafox font face au général Paul Louis Gaultier de Kerveguen revenu le 19 avril 1793, après avoir renforcé le fort El Banys.
    Le régiment est sorti de Céret, il se tient en embuscade entre le pont de pierre et la porte de France sur le grand chemin Sainte Catherine renforcé par le soutien de Jean Antoine Guillaume Bourdes à la tête du 2ème bataillon de l'Aude.
  • L'aile à droite, Joan Escofet à la tête du régiment de Catalogne et de Tarragone, Francisco Javier Negrete dirige l'infanterie de Valencia accompagné par les 200 cavaliers de Calatrava lancent l'attaque sur le flan contre le général de brigade Amédée Willot sur 2 positions formées par le 5ème régiment de Cantabres qui jouxtent la batterie de 8 canons de 4 sur le chemin qui mène à la ville.
    Amédée Willot De Gramprez bloqué avant le défilé commet une terrible erreur de stratégie.
    Son manque de lucidité compromet sa victoire et décime la partie la plus importante de ses 1 800 hommes et surtout son manque de jugement assure à l'Armée des Pyrénées-Orientales sa défaite.
    Le commandant en chef regroupe ses 3 ailes sur une prairie appartenant à la famille Villanova avant les ravins.
    Cette parcelle trop petite est un cul de sac qu'il faut éviter à tout prix.
    Cette propriété ne peut pas contenir les régiments qui se bousculent pour se maintenir au bord du ravin de la rivière.
    La panique géante s'installe entre les soldats piétinés qui tombent dans la rivière et se noient dans l'eau glacée de la fonte des neiges et ceux qui meurent en se jetant dans le ravin pour ne pas étouffer.
    Les scènes de panique tournent au carnage car à leur droite la route perpendiculaire au terrain pentu est creusée par les parois raides dans la sierra de l'Albitre que surplombe un bois d'oliviers.
    Les troupes françaises débordées, délestent les 2 batteries et abandonnent le champ après 4 heures de combat et se sauvent en direction du Boulou.
    Dans leur fuite, les volontaires jettent leurs sacs avant de s’apercevoir que les espagnols ne les talonnent plus.
    Une colonne de fantassins sortie de la citadelle de Perpignan protège la retraite comme s'ils étaient poursuivis.
    Le 20 avril 1793 à 10 heures, les espagnols se rendent maître de la mairie où Josep Clara, Miquel Matheu et Josep Coixou, membres du district l'accueillent autour de leur maire Joan-Francesc Jaubert.
    Cette 1ère bataille gagnée par l'envahisseur est importante par l'impact et par le rayonnement de l'offensive sur la population.

    Le 18 mai 1793, Antonio Ricardos déplace son Quartier Général de Céret pour s'installer dans la ville du Boulou.
    Lluis Fermin Carvajal est amoureux des ermitages de Céret qui lui rappellent ceux de sa jeunesse à Lima, au Pérou.
    Fou d'amour, le comte De La Union protège de la destruction les couvents et l'ermitage Saint Ferréol durant toute la période d'occupation. Il prend l'habitude de se recueillir comme un jésuite pour prier, il en fait son Quartier Général.
    Cette ville est son refuge, il parle couramment le catalan et il est proche des 1 754 habitants de cette commune dévoués à la cause espagnole.
    Lors de la bataille du Boulou, le 01 mai 1794, la ville de Céret devient sa fatale erreur de stratégie car au lieu de foncer contre les troupes françaises à Montesquieu, il revient au pont de Céret pour sécuriser le pillage des prieurés, il aperçoit le feu sur les bâtiments annexes à l'ermitage Sant Ferréol et l'acharnement des troupes républicaines à démolir le monastère des Capucins et à saccager l'ermitage des Grands Carmes symboles ecclésiastiques, il fait demi-tour et s'en retourne en Espagne par le chemin de Maureillas.
    Après la défaite à Céret des troupes françaises le 20 avril 1793, Mathieu Henry Marchant De Houlière ne supporte pas l'idée du châtiment d'emprisonnement qu'envisagent les commissaires du peuple et le commandant en chef se suicide le 18 juin 1793 pour préserver son honneur.
    Les commissaires de la république Ignace Brunel et Etienne Le Tourneur déclarent après la défaite de Céret :
    "Amédée Willot ne mérite pas la confiance, il doit être éloigné et mit en arrestation".
    Amédée Willot est traduit en justice devant le tribunal militaire de Toulouse.
    Il est suspendu et emprisonné comme royalisme le 04 octobre 1793 à la citadelle Saint-Esprit à Bayonne puis il est libéré et réhabilité en janvier 1795.
    Amédée Willot est réintégré dans l'Armée des Pyrénées-Occidentales le 13 avril 1795 avec son grade à la place d'Antoine Marbot. Il décide de la victoire de Lecumberry le 6 juillet 1795 où il est nommé général de division.
    Il est envoyé en octobre 1795 dans l’Armée de l’Ouest où il prend contact avec le comte d’Artois à l’ile d’Yeu.
    Elu au Conseil des 500, il est arrêté durant le coup d’Etat du 18 fructidor An V. Déporté en Guyane, il s'évade.
    Au service du roi de Naples, il se réfugie aux Etats-Unis en 1804.
    Il passe en Angleterre en 1813 et rentre en France avec le roi Louis XVIII avec le titre de baron, gouverneur de la division militaire de Corse en 1815, comte en 1816.
    Amédée Willot meurt à Santeny (Seine-et-Oise) en décembre 1823.
    Lisabuzz.com Parle de 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L'ESPAGNE :

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